Liens de proximité et solidarité sociale, invisibilisés au quotidien

Sur base de divers témoignages récoltés au sein des organisations constitutives et des services du MOC Hainaut Centre, la crise actuelle et ses mesures de distanciation sanitaire ont révélé toute une série de démarches nécessaires à l’organisation et à la poursuite d’activités collectives d’éducation permanente. Ces démarches visaient notamment à maintenir le lien social et organiser des micro-solidarités. En effet, il était nécessaire de penser l’action collective et les liens de solidarité comme remparts à la crise. Mises en tension par la distanciation physique, elles ont dû se réinventer pour maintenir les liens de proximité, nécessaires pour les personnes les plus fragilisés.

Des liens de proximité et des solidarités mis à l’épreuve

Dès le 13 mars, à minuit, la société Belge s’est vue imposée une mesure de distanciation « physique » dans le but d’enrailler la pandémie du Covid-19. Être confiné chez soi, ne plus pouvoir s’approcher d’autres personnes a eu des impacts sur la vie de chacun obligeant à s’adapter. Toutefois, la crise a touché plus particulièrement les personnes les plus vulnérables renforçant la précarité sociale. Pour certaines personnes, les activités d’éducation permanente étaient primordiales pour rompre l’isolement, maintenir leur réseau social et rester en action. Nous avons pu le constater dans les différents groupes des Organisations du MOC.

Des espaces tels qu’un groupe de femmes de Vie féminine luttant pour leurs droits, le groupe philo ou « l’école conso » des Equipes populaires, ou encore le jardin biologique du CIEP, forment des lieux de proximité permettant de tisser du lien social et d’engager des actes de solidarité. La mesure de distanciation physique a fait disparaitre la proximité du jour au lendemain. Les participants ont été obligés d’arrêter d’échanger, d’écouter, de discuter, de débattre. Un militant des équipes populaires mentionnait par exemple : « Je n’ai pas trop mal à m’adapter, parce que je vis déjà comme ça. Le quotidien ne change pas. La seule chose qui change, c’est que je n’ai plus de lieu pour discuter, échanger, être écouté. »

Bulle d’air à un quotidien difficile, le soutien et l’accompagnement mutuel entre participants s’est arrêté brusquement. Ils étaient pourtant précieux pour surmonter des situations compliquées. Ce fait est explicité par Cécile Rugira de Vie Féminine :

« Certaines femmes viennent dans nos actions car elles subissent des violences. Elles participaient à un groupe permettant aux femmes, n’étant pas encore prête à partir de leur domicile, de mettre en place des stratégies, de recevoir un accompagnement par des femmes ayant vécu les mêmes situations. Le fait de ne plus se réunir a détricoté ce système d’entraide. »

L’arrêt de ces lieux de rencontre a également mis fin aux solidarités de proximité effectuées au travers d’échanges de services organisés entre les participants : co-voiturer, accompagner dans des institutions pour traduire, soutenir, réaliser les lessives n’ayant pas de machine à laver, aider à terminer des mois difficiles, etc. La suppression des derniers chainons de l’entraide a accentué la précarité de ces publics. Alors que l’isolement se renforçait et que les besoins s’accentuaient, un grand nombre de services proposées par les autorités publiques et les centres de soins ont réduits incontestablement leur action. Une personne de groupe jardin biologique nous explique : « Je suis 24h/24 à la maison. La maison d’accueil ne permet plus d’accueillir mon mari atteint d’Alzheimer, alors c’est difficile. Le fait que le jardin bio ne puisse plus se réunir, c’est difficile car cela me permet de voir autre chose. »

Questionner, inventer et s’adapter

Face aux réalités vécues, il a fallu trouver des solutions pour maintenir les solidarités et liens sociaux. La période de confinement a alors demandé aux militant(e)s et participants de réfléchir, proposer et construire collectivement de nouveaux modes d’échange même si cela devait être autrement et prendre de nouvelles formes.

Alors que le réseau principal des participants était le contact humain, ils ont dû appréhender les plateformes numériques et échanger via les réseaux sociaux. Cependant, cela n’a pas toujours évident. Alberto Granados des Equipes populaires exprime le fait que « [cela] rajoute de la difficulté à la difficulté et cristallise les échanges ». L’utilisation des réseaux ne remplace pas le contact et les liens de proximité qui se créent en présentiel. Il s’agit plutôt d’un « palliatif » : un moment où il est possible de partager une information, un lien amusant, etc., mais ce dispositif ne permet pas d’aller plus loin dans les échanges. Une autre difficulté rencontrée est celle de l’accessibilité aux outils technologiques n’ayant pas permis de garder le lien avec l’ensemble des personnes.

Dans les structures et en collaboration avec les participants, le numérique n’a pas suffi et d’autres alternatives ont vu le jour ou ont été aménagées. Comme le souligne Alberto Granados, il a fallu retisser des liens autrement, « simplement et humblement pour maintenir des gestes de solidarité dans la bienveillance ». Travail de fourmi, travail invisible. Les structures ont contacté les uns après les autres les participants pour s’organiser, agir collectivement, se soutenir. Ainsi, au sein de Vie féminine, s’est instauré un système d’appels téléphoniques de proche en proche entre participantes pour se tenir informées des nouvelles et maintenir une veille par rapport aux situations difficiles rencontrées par les femmes (manque de nourriture, violence conjugale, isolement, maladies). Ces situations étaient relayées auprès des animatrices afin que l’organisation puisse s’en saisir et trouver des pistes de solutions.

Des dynamiques de quartier se sont également organisées de par la proximité physique des habitants et ont permis d’élargir le réseau. D’autres liens d’échange entre populations fragilisées ont pu ainsi se créer et se réinventer malgré une situation de distanciation sociale. Sur base de ces échanges, des situations problématiques telles que le manque d’autonomie alimentaire ont été mis en exergue et remontés vers des institutions, qui ont décide de créer une plateforme associative. Un couloir d’aide alimentaire a été ouvert en collaboration avec différents relais sociaux. Des livraisons de colis alimentaires au domicile ont donc été organisées confirmant l’importance des contacts de proximité : ceux-ci étaient source d’informations sur les besoins rencontrés par le public et d’y relever des préoccupations nécessaires pour porter des recommandations politiques.

Pour conclure, face à la crise, au manque d’accès à différents services et aux moyens numériques, la proximité sociale démontre sa plus-value. Etant un rempart aux situations de crise rencontrées, il est nécessaire de rendre visible et de souligner l’importance de l’action associative, qui a continué pendant la période de confinement, permettant de relayer des situations problématiques vers les pouvoirs publics. Cette action associative, basée sur un travail d’éducation permanente, a mis en évidence une série d’actes restant dans l’ombre et non-valorisé permettant pourtant de réduire l’écart des inégalités sociales et d’améliorer la cohésion sociale.

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